JEAN CACAUD (Gentioux : 1827-1900)
La vie de Jean Cacaud est celle d’un homme simple au destin tragique qui aura su transcender son art de tailleur de pierre. Le granite rose de Gentioux se mérite par l’effort et l’habileté qu’il exige de son maître-artisan. Ici, de tradition séculaire, on le taillait dès l’enfance. Jean Cacaud n’y échappera pas, il en fera son métier.
Après un début de vie dans la simplicité de sa modeste condition, un drame sentimental et familial le brise. Le voila rendu à se désintéresser de sa communauté, à s’éloigner de tous jusqu’à s’isoler en ermite sur les flanc d’une montagne. Sa production utilitaire pour alimenter une famille disparue n’a plus de raison d’être. Mais le geste est là qui s’anime encore et se métamorphose : de simple tailleur de pierre il devient artiste.
Ce petit résumé de vie illustre le cheminement qui est à l’origine des œuvres de Jean Cacaud. Celles-ci sont peu nombreuses et certains diront naïves, pourtant elles expriment avec talent la créativité d’un art populaire spontané à l’instar de (Jean)-François Michaud au village Masgot (Creuse) ou du facteur Cheval à Hauterives (Drôme).
Son sujet sera d’abord l’hommage émouvant à ses chers disparus : sa mère Jeanne et sa sœur Marie, disparues brutalement en 1870. C’est ainsi que dans le nouveau cimetière de Gentioux on trouve un tombeau original et flamboyant, celui de la famille Cacaud.
La sépulture se présente sous la forme d’une tombe rectangulaire où sont dressées, sur deux de ses côtés, cinq stèles ornées de sculptures et terminées par un fronton. On peut y reconnaitre des scènes et personnages religieux mêlés de figures profanes. La chouette, symbole de sagesse et oiseau consacré à Athéna, déesse grecque des industries et des arts ; le masque, particulièrement présent au XIXème siècle dans les processions qui célèbrent la fin des travaux agricoles ainsi que dans la symbolique du théâtre antique ; les animaux : chiens, taureaux, béliers, sangliers et des évocations d’outils de métiers, du dé à coudre jusqu’au marteau de tailleur de pierres.
Jean Cacaud est l’auteur de plusieurs dalles funéraires dont celle d’Étienne Canque, mitoyenne de la sienne, sur laquelle on trouve sculptés des symboles du compagnonnage : le ruban, la canne, l’équerre et le compas. Certains témoignages suggèrent que Jean Cacaud aurait pu aussi recevoir la formation des compagnons.
Par la suite d’autres commandes seront proposées à Jean Cacaud mais souvent payées chichement, en nature, telles de simples volailles ou autres aliments, selon la légende rurale.
Il semblerait que des réalisations sculptées par Jean Cacaud existent sans être encore répertoriées : ainsi la croix « Aux filles de Joux » à l’entrée de notre village.
Selon Martine, une habitante du Luc, une grande croix ornée de qualité et installée au milieu de la place du village a été enlevée et « expatriée » clandestinement en Angleterre ou en Écosse.
Jean Cacaud est décédé le 28 février 1900 à Arluguet près de Gentioux.
Voir le sentier « au fil des pierres » pour découvrir les œuvres de Jean CACAUD à partir de la place de Gentioux.